Libération
« [...] En fait de (pré)paradis, la pièce écrite par Rainer Werner Fassbinder est un catalogue de fantasmes cruels à feuilleter avec une horreur vaguement complaisante. En effet, le dramaturge déjanté s’était inspiré d’un fait divers criminel. Celui dont fut le héros un couple faussement banal de Birmingham auteur de nombreux viols, meurtres, tortures et autres réjouissances. Un amusant prétexte pour une succession de brèves scènes construites autour d’un rapport de force entre trois personnages qui boutit inexorablement à l’alliance des deux plus forts pour humilier le plus faible. Le tout est traité par Christian von Treskow sur un rythme saccadé dont témoigne une bande son techno hardcore qui ne megote pas sur les décibels, les entrées et sorties sont brutales et précipitent l’action vers une fin invariable et repétitive: les hurlements de la victime. Adepte de la biomécanique, le metteur en scène a poussé les jeunes comédiens a des contorsions permanentes qui donnent l’impression qu’ils sont en proie à une perpétuelle explosion intérieure. Chaque saynète est prise sur un mode parodique et devient un gag parfois poilant. Ce parti pris parodique escamote l’aspect ambigu, malsain, de l’écriture de Fassbinder au profit d’un halètement de folie qui peine a tenir la distance mais offre aux comediens des pétages de plomb superbement contrôlés. »

Nicolas Blondeau